Perspectives

La lumière du Maroc, un matériau d’architecture

Le point commun entre le soleil de minuit du Grand Nord, le ciel d’un bleu profond, cher à Cézanne en Provence, et les reflets sur la clarté des quartiers Art Déco de Casablanca ou sur Tanger la ville blanche, c’est la lumière dans toutes ses variations.
Rue d'un souk de Marrakesh avec des treillages qui laissent passer des rayons de lumière
Souk de Marrakesh | (c) c. Hug

Au Maroc, la lumière des ruelles des médinas et des souks est particulière. Elle est révélée grâce à l'ombre portée de la structure des treillages qui les recouvrent. Elle est douce et agréable, offrant une atmosphère chaleureuse qui génère des émotions propres à ces lieux de flux et de passage.

L'architecte se doit donc de maîtriser ce matériau singulier, de le façonner et de le travailler avec subtilité. C'est ainsi que son architecture se révèle, ses volumes prennent forme et que ses matières sont mises en valeur. La lumière habite l'espace ! Elle lui dessine des contours et la perception que l'on a du lieu évolue avec sa densité, son degré de transparence ou de réflexion.

La captation et la mise en scène de la lumière du jour, dans un bâtiment, constituent l'opportunité d'entrer en résonance avec l'ambiance locale et d'offrir du plaisir à le parcourir.

 

Un rayon de soleil tombe sur les bancs de l'espace d'attente de la gare nouvelle de Casa Port
L'espace d'attente de la gare nouvelle de Casa-Port | Architectes : AREP - Etienne Tricaud, Philippe Druesne, Christophe Iliou et Groupe3 Architectes - Omar Tijani, Skander Amine | (c) Etienne Tricaud
Les lanterneaux du Hall de la gare de Casa-Port
Les lanterneaux du hall de la gare nouvelle de Casa-Port | Architectes : op. cit. | (c) Cyrille Weiner
Des voyageurs dans le hall de la nouvelle gare de Casa-Port, le moucharabieh en fond et le sol tâché de nappes de lumière
Le hall de la gare nouvelle de Casa-Port | Architectes : Op. Cit. | (c) Etienne Tricaud

Une gare, bâtiment public par excellence, s'organise autour de flux importants et doit favoriser les usages et le confort des personnes. La lumière y est utilisée suivant trois objectifs complémentaires :

  1. Saisir une des composantes du génie du lieu : la luminosité casablancaise est singulière. La ville, balayée en permanence par les vents d'Ouest venus de l'Océan, offre un ciel changeant suivant les saisons mais toujours très pur et clair. Il faut à la fois la capter - c'est par exemple la fonction dévolue aux lanterneaux qui rythment la grande toiture de la gare de Casa Port - et s'en protéger grâce au moucharabieh contemporain en béton de fibre, mis en place sur la façade Ouest. L'ombre projetée du moucharabieh rend par ailleurs hommage aux palais orientaux et à la tradition casablancaise.
  2. Favoriser la lisibilité des espaces : je vois loin donc je sais où je vais. La signalétique n'est qu'un accompagnement. Le parcours qui s'offre à moi est évident. Une source lumineuse est un appel et une invitation de l'espace. Une lumière maîtrisée est la clé d'un lieu visible mais aussi lisible. Le voyageur peut se repérer facilement et sa lecture de l'espace est plus évidente.
  3. Offrir du bien-être : un contrepoint apaisant à la foule et au stress qui accompagnent souvent les déplacements. La qualité de la lumière participe à l'ambiance des espaces et offre un sentiment de confort pendant un parcours ou lors d'une pause.

 

Vue panoramique sur le technicentre de maintenance TGV de Tanger
Façades Sud et Ouest du technicentre ONCF de Tanger | Architectes : AREP - Etienne Tricaud, Philippe Druesne, Christophe Iliou, Youssef Melehi | (c) E. Verstrepen
Vue intérieure du technicentre avec un éclairage zénithal
Intérieur des ateliers, lumière naturelle zénithale | Architectes : Op. Cit. | (c) E. Verstrepen
Vue intérieure sur le plafond du technicentre en polycarbonate opalescent et toile
Plafond translucide du technicentre ONCF de Tanger | Architectes : Op. Cit. | (c) E. Verstrepen

Tanger, la ville blanche qui domine le détroit de Gibraltar, face à l'Espagne, présente quant à elle une ambiance influencée par la Méditerranée. Dans un outil de travail tel que le Centre de Maintenance des rames à grande vitesse de Tanger, on tirera deux grands bénéfices de la captation de la lumière :

  1. Un bâtiment industriel est baigné de lumière naturelle, assorti d’une bonne gestion technique du site, un bâtiment économe en consommation d’énergie, ce qui en fait un projet respectueux de l’environnement avec à la clé un budget exploitation optimisé.
  2. La qualité de vie au travail est apportée grâce à l’utilisation d’une enveloppe en toile qui diffuse une lumière douce, dénuée d’ombre portée : cela facilite le travail de précision des agents tout en offrant une ambiance agréable.

 

La vie est une aventure intimement liée à la lumière qui nous entoure et nous accompagne. De même que la vue, l’ouïe et l’odorat nous servent à qualifier un lieu, un groupe humain, une culture, la qualité de la lumière nous renseigne sur notre environnement et nous influence quant à sa perception.