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Quand l’énergie fédère les acteurs de la ville

Du territoire à énergie positive vers City Booster : Étienne Burdet, Chargé de mission Smart-City pour AREP, livre ses constatations sur la restitution d'un an d'ateliers «Énergie & Territoires», organisée le 10 mai 2016 par EDF-Collectivités.
photo d'une éolienne
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En admirant mon t-shirt dans les immenses miroirs à dorure et l’élégant 'couic' de mes baskets sur le marbre du luxueux Saint-James Albany, je me dis qu’EDF doit avoir vraiment besoin de changer son image pour mettre autant de moyens dans la restitution de ses Ateliers Énergie & Territoires.  Il faut dire qu’à l’heure où territoires et individus deviennent tous producteurs d’énergie à tendance «smart», EDF fait figure de dinosaure avec ses centrales nucléaires et ses gros barrages. D’ailleurs la salle ne se fait pas prier, Bruno Charles, vice-président de la Métropole du Grand Lyon, lance gaiement : «EDF, c’est une URSS qui a réussi». C’est de bon ton dans ces réunions, comme un passage obligé qui détend l’auditoire. Un auditoire composé d’élus, de services techniques, d’ingénieurs, de chercheurs. Les visages ne me sont pas inconnus, mais ce sont ceux que je vois habituellement dans le monde de l’urbanisme, pas de l’énergie.

 

Et cette assemblée pour parler de quoi ? D’un an d’étude sur les territoires à énergie positive, ou plus précisément des Territoires à Énergie Positive pour la Croissance Verte (TEPCV). Un dispositif lancé par Ségolène Royale à la veille de la COP21, qui avait pour but de produire du résultat rapidement. Dispositif qu’EDF a fait suivre de près par des chercheurs d’horizons variés, une riche idée. La conclusion générale est un peu prévisible : on a confondu vitesse et précipitation. Et il est à déplorer que des collectivités du réseau TEPOS (Territoires à Énergie POSitive…sic) aient uniquement vu dans les TECPV l'occasion de lever une subvention supplémentaire pour des projets déjà pourvu de budget.

 

Grandes absentes des TEPCV ? Les gares ! Des pistes cyclables par kilomètres, de l’isolant par centaines de mètres cube, quelques éoliennes et panneaux solaires (étonnamment peu de projets de production d’ailleurs) mais aucun Pôle d'Echange Multimodal à l’horizon [i].  Tant pis… ou tant mieux peut-être après tout. Ces résultats d’étude sont de l’or pour le programme City Booster de Gares & Connexions et globalement pour l’insertion urbaine de nos aménagements.

 

Si l'information principale n’est pas à proprement parlé dans les rapports, le panel des personnes présentes offre le périmètre d'un écosystème naissant à déployer. L’énergie fédère aujourd’hui un nombre d’acteurs insoupçonnés. Tout le monde veut participer à la transition énergétiques et tout le monde veut échanger (ou co-produire, mutualiser, etc.) de l’énergie avec son voisin. Une gare qui stocke et distribue de l’énergie ? > Les parcelles alentours voudront s’y connecter. Une gare qui produit de l’énergie (combien de m² de toiture de halle sont disponibles hmm ?) ? > Une opportunité pour le territoire attenant de se fournir en renouvelables. Une gare d’où partent des Navya à l’énergie solaire ? > Une opportunité pour la commune de transformer ses transports.

 

Si l’énergie locale devient un élément clé de City Booster, les promoteurs, les collectivités et bien d’autres voudront se joindre au projet, naturellement, c’est bien ce que ces ateliers démontrent. Et là, on ne parle plus de stickers HQE sur la façade qui garantissent le salut de notre âme parce que nous sommes gentils, on parle d’être connecté au territoire via la smartgrid, de booster le métabolisme énergétique local. On parle de vendre des services très demandés.

 

Alors jusqu’où va-t-on proposer ces services ? La parcelle voisine, un rayon d’1 km, toute la ville ? Quelles frontières pour les City Boosters à Énergie Positive ? ("CBEP" : un label que je décerne personnellement et qui remporte l’estime de toute l’équipe AREP Environnement !)

 

Alain Bourdin, qui a dirigé les recherches des Ateliers sur les TEPCV, remarquait très justement : « la bonne échelle c’est celle qui fédère les bons acteurs autour d’un nouveau projet». Que ce soit un îlot ou une région peu importe, l’important est de créer de nouvelles dynamiques d’acteurs. Par exemple, il considère que la métropole de Brest n’est pas un bon TEPCV, bien que dans l’absolu elle soit très en avance sur la question énergétique, car elle l’était déjà sans le dispositif. Quels acteurs rassemblons-nous ? Qui veut acheter/vendre/produire de l’énergie à qui, avec qui ? Qui aura intérêt à se brancher sur la smartgrid de notre Pôle d'Echange Multimodal ?

Qu’a fait EDF Collectivités —un signe des temps !— avec ses ateliers ? Et bien un peu de magie ! Car ils ont facilité la rencontre et le dialogue entre les acteurs des territoires à énergie positive… qui seront potentiellement un jour ou l’autre au bout des smartgrids. EDF n’a ni envoyé ses propres chercheurs, ni monté ses propres projets à bases de solutions maison, ni même dicté le ton du débat. À la manière d’un Meetic de l’énergie territoriale, EDF n’a pas fourni le contenu mais les opportunités de partager les intérêts communs. Et au fil des projets TEPCV, au fil des discussions, doucement mais sûrement, les besoins d’échanger de l’énergie, de la stocker, de décaler les consommations, émergent. Sans ce dialogue qui permet de trouver les avantages mutuels, EDF peut dire aussi fort qu’il veut que ses fils sont plus smart que les autres, il n’y aura personne pour les acheter. Avec le bon réseau d’acteurs bien animé, il n’y a même plus besoin de faire de pub.

 

Fédérer les acteurs autours de l’énergie en adoptant une position de facilitateur, plutôt que d’autorité incontournable ou de grand donneur de leçon, ça c’est smart. Facile donc, d’arriver en baskets avec une grosse barbe pour faire startupeur au milieu des costards et de railler l’organigramme d’EDF ! Pourtant, sur ce coup, sans capteur ni bidule technologique, ils nous ont donné une bonne leçon de smartcity

 

Le cycle des Ateliers Énergie & Territoires de cette année est intitulé Big & Énergie. Du grain moudre, pour sûr !

 


[i] *Je n’ai pas épluché les 200 dossiers non plus, j’ai pu rater quelques points, mais globalement, les PEM et la SNCF ont eu du mal à s’inscrire dans ce dispositif.