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Amiens, Gare d’avant-guerre et d’avant-garde

Gare d'Amiens vers 1960 - Façade côté quais et tour Auguste Perret - SNCF-AREP ©Droits réservés
Gare d'Amiens vers 1960 - Façade côté quais et tour Auguste Perret - SNCF-AREP ©Droits réservés

En concurrence avec Saint-Quentin pour intégrer le tracé reliant Paris à Lille, Amiens fut finalement privilégiée pour son accès plus rapide vers les deux ports de Boulogne et Calais ainsi que sa moins grande exposition aux envahisseurs de l’Est. Un choix qui n’empêchera pas sa gare d’être lourdement touchée au début des années 40 avant d’entamer une seconde vie.

Gar(d)e partagée

Son histoire est d’abord celle d’un compromis entre les deux acteurs du rail de l’époque : la Compagnie d’Amiens et la Compagnie du Nord, respectivement créées en 1844 et 1845. Toutes les deux financeront l’édifice et s’installeront finalement en 1847 du côté de la porte de Noyon, sur un site privilégié par le Maire de l’époque, Frédéric Boistel Duroyer. Pour le journal La Glaneur, la gare d’Amiens « surpasse en élégance, la gare de Paris ». Malheureusement, ces deux ailes reliées par une porte monumentale, sa façade en pierre de tailles des carrières de l’Oise, sa couverture en zinc ou le clocheton abritant une horloge au sommet de la verrière feront les frais des bombardements durant la Seconde Guerre Mondiale. 

gare Amiens vers 1900
Gare d'Amiens vers 1905 - SNCF - SARDO - Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés

La partition d’Auguste Perret

Le nouveau visage de la gare d’Amiens et sa place adjacente porteront (en partie) la signature d’un précurseur des constructions en béton armé. Très longtemps critiqué pour avoir dénigré les institutions académiques (ses élèves seront parfois boycottés), Auguste Perret prône la modernité architecturale. Plus qu’une gare, il revendiquera à Amiens la reconstruction de ce qui peut être considéré comme un pôle d’échanges avant l’heure, prenant non seulement en compte l’édifice et le train, mais aussi les voitures (avec une gare routière) et les habitations alentours. Remis en cause par les services techniques de SNCF, ses plans seront mis en œuvre avec des surfaces revues à la baisse. L’ossature globale (un système de poteaux et poutres en béton bouchardé, des façades intérieures et extérieures en béton brut etc.) sera tout de même conservée. 3200 m3 et 450 tonnes d’acier seront nécessaire pour réaliser l’ossature de la nouvelle gare. Pour l’architecte, « le mode de partition et d’organisation de l’espace peut être comparé, dans son principe et dans ses effets, aux règles de composition musicale : ici, division du temps en mesures égales, dans lequel s’inscrivent les contours mélodiques et les harmonies des accords : là, la division régulière de l’espace et rythme secondaire à l’intérieur des travées, jeu mélodique des volumes dans la troisième dimension ».

gare d'Amiens 1958
Hall de la gare d'Amiens vers 1960 - SNCF-AREP ©Droits réservés

Une mutation trentenaire

Depuis la fin des années 80, la gare d’Amiens se modernise au fil des décennies. Les premières transformations  datent de 1987 avec, entre autres, un accès aux quais désormais dans l’axe des portes d’entrées (qui deviennent automatiques), un espace public élargi et des habillages modifiant le visage du bâtiment (faux plafonds en plâtres, façade des guichets en miroir). La seconde vague (2000 à 2004) marque l’avènement d’une supérette de 100m2 aménagée entre le hall et la passerelle ainsi que le nouveau visage du buffet. Entre 2009 et 2011, des modernisations (et non des moindres !) laissent apparaître une place creusée qui offre un accès direct aux quais en passant sous la passerelle (dessinée par l’architecte Claude Vasconti). Le parvis devient alors piéton, le buffet cède sa place à des commerces, un nouvel espace de vente est aménagé, et un hall double hauteur voit le jour au niveau des quais (hall Fiquet). Et Auguste Perret dans tout ça ? Ses trames, son béton et sa hiérarchie des fenêtres sont toujours là. Une passerelle et un hall portent également son nom. Une reconnaissance bien méritée.

gare Amiens 2004
Façade de la gare d'Amiens en 2004 ©Laure Lalubie
gare Amiens en 2018
Façade de la gare d'Amiens en 2018 ©Claude Le Breton

Dates clefs

1842 : Un décret établit que le tracé entre Paris et Lille passera par Amiens (qui était en ballotage avec Saint-Quentin). L’inauguration de la ligne aura lieu deux ans plus tard, alors que la gare n’est pas encore terminée.  Les travaux finiront en effet en 1847.

19 mai 1940 : La gare est bombardée par les allemands. Des installations provisoires sont mises en place. Les raids alliés des années suivantes accentueront les dégâts. Des travaux de remise en état débuteront en 1945.

1955 : Les travaux de la construction de la nouvelle gare imaginée par Auguste Perret débutent. Ils dureront environ trois ans.

1987 : Déplacement des guichets, accès voyageurs, nettoyage des façades etc. : la gare se transforme.

De 2009 à 2011 : Le projet du parvis de l’architecte Claude Vasconti voit le jour. La place, devenue piétonne est creusée, et donne aujourd’hui encore à la gare d’Amiens son caractère si singulier. 

La place gare Amiens vers 1960
La place de la gare d'Amiens vers 1960 - SNCF - AREP ©Droits réservés
gare Amiens en 2018
Façade de la gare d'Amiens en 2018 ©Claude Le Breton

*  Article issu d'un fonds documentaire de la Cellule Patrimoine AREP.

*  Rédacteur : Damien Guillou, d'après les textes et études historiques de Claude Le Breton, architecte Cellule Patrimoine AREP qui réalise depuis 20 ans  les études historiques qui alimentent un fonds documentaire sur les gares et les bâtiments spécifiques au domaine ferroviaire.