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Nice, Gare d’art et de prestige

La gare de Nice Ville vers 1900, carte postale ancienne

Si la Riviera est un trésor, Nice-Ville (ou Nice Thiers pour les intimes) y a largement contribué. Attirant très vite les grands de ce monde, la gare a rapidement dynamisé une ville dont elle fait toujours battre le cœur aujourd’hui.

Un coup de fatigue à l’origine de sa création

Forcé de s’y rendre en bateau parce que le rail n’y fait pas encore escale, Napoléon III débarque à Nice en 1860 par la mer. Un départ de Marseille, une escale à Toulon et 11h de voyage plus tard, c’est assommé par l’épuisement que l’Empereur pose le pied sur la côte d’Azur... et ordonne aussitôt la construction d’une gare qui sera inaugurée 4 ans plus tard (et véritablement terminée en 1867). Imaginé par Jules Bouchot (qui a déjà signé la gare de Toulon), l’édifice (d)étonne tout d’abord par un style Louis XIII qui n’a rien de régionaliste. Sculptures de Huter et Hamel, armoiries faisant honneur aux capitales et aux États du Vieux Continent, peinture au plafond, coupole et vaste vestibule : l’originalité de la gare suscite l’enthousiasme. Correspondant pour le Journal de Nice, Alziari de Roquefort parlera d’une « richesse de décoration non commune (…) » et M.V dans le journal illustré de mai 1868, s'exclama « Ne fallait-il pas dignement recevoir ces milles étrangers qui se donnent rendez-vous sur cette délicieuse plage, et dont la dernière pensée en quittant Nice est une pensée de retour ? ».

Le parvis de la gare au début du XXe Siècle SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés

Un pôle d’échanges avant l’heure

La gare permet rapidement à Nice de mener grand train. Dans la cour des voyageurs, les nombreuses voitures à chevaux appartenant aux hôtels les plus réputés de la ville y accueillent une aristocratie et même quelques têtes couronnées venues du monde entier comme La Reine Victoria, la tsarine Marie Alexandrovna, les rois et reines de Suède, du Danemark, de Belgique et d’Espagne… Ces « hirondelles d’hiver » (surnom qui leur a été donné parce qu’elles venaient surtout profiter de la Riviera de décembre à mars) font la fortune de Nice dont la gare souffle un vent nouveau sur les alentours où se multiplient palaces, villas et autres grands magasins.

La façade Louis XIII en 2016 SNCF-AREP ©Mathieu Lee Vigneau
Le hall restauré en 2016 SNCF-AREP ©Mathieu Lee Vigneau

Une esthétique toujours au beau fixe

Agrandie pour l’arrivée de la ligne Nice – Coni (Italie) entre 1924 et 1927, la gare entame ses premiers grands travaux de rénovation dans les années 70 (restauration des halles, menuiseries en bois des façades remplacées par de l’aluminium). En 1997, ce sont deux fresques de Daniel Schinasi qui feront leur apparition, écrivant ainsi les nouvelles pages de l’histoire d’une gare où l’art a toujours eu une place de choix. Cette valeur patrimoniale a d’ailleurs été renforcée lors des dernières modernisations de 2014. Au programme : la création d’un espace extérieur unique, un parvis désaturé ou encore un sol en pierre naturelle offrant une grande unité à l’ensemble du site. Napoléon III apprécierait.

Détail du hall restauré en 2016 SNCF-AREP ©Mathieu Lee Vigneau

Dates clefs

1864 : L’achèvement de la ligne Marseille – Nice marque le début de l’activité de la gare de Nice, qui sera officiellement inaugurée 3 ans plus tard.

1865 : Agrandissement des quais pour l’ouverture de la ligne Nice – Monaco.

1881 : La messagerie dispose de 845 m2 supplémentaires grâce à une salle construite côté Est. Un souterrain est construit en 1896.

1909 : La marquise fait son apparition. Elle est adossée à la façade donnant sur la cour. Modernisée en 1970, elle ne retrouvera véritablement son lustre d’antan qu’après les travaux de 2014.

1969 : Électrification des voies.

4 avril 1987 : Un premier TGV fait son entrée en gare de Nice. La ligne se prolonge jusqu’à Vintimile.

2006 : Des travaux de restauration du plafond sont entamés. Objectif : « conserver ce qui est conservable », comme la coupole de lattis de bois au plâtre, les moulures et la peinture des écussons.

2014 : Le parvis est désaturé.

 

 

Le parvis en 2015 SNCF-AREP ©Mathieu Lee Vigneau
Les halles en 2016 SNCF-AREP ©Mathieu Lee Vigneau

*  Article issu d'un fonds documentaire de la Cellule Patrimoine AREP.

*  Rédacteur : Damien Guillou, d'après les textes et études historiques de Claude Le Breton, architecte Cellule Patrimoine AREP qui réalise depuis 20 ans  les études historiques qui alimentent un fonds documentaire sur les gares et les bâtiments spécifiques au domaine ferroviaire.