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Saint-Brieuc, une gare qui ne perd pas son temps

Portrait de gare
Gare de Saint-Brieuc de 1931 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés
Gare de Saint-Brieuc de 1931 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés

Une première pierre qui aurait pu ne pas être posée et, aujourd’hui, un Pôle d’Échanges Multimodal (PEM) situé à un peu plus de 2 heures de Paris et devenu l’épicentre d’un quartier en pleine métamorphose : la Gare de Saint-Brieuc n’a jamais cessé de s’adapter.

 

La volte-face d’un empereur

La première Gare de Saint-Brieuc de 1865 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés

« Je n’ai point encore examiné la question du chemin de fer, mais dites à vos compatriotes que je me sens disposé à tout faire pour une ville qui m’a si bien reçu ». Prémices d’un projet qu’il validera officiellement quelques mois plus tard, cette annonce de Napoléon III sonne avant tout comme une volte-face. Trois ans avant sa visite décisive du 17 août 1858, le monarque avait en effet suivi les recommandations de ses ingénieurs en décidant de ne pas installer le chemin de fer à Saint-Brieuc. Les raisons ? Un tracé qui, s’approchant de trop près du littoral, nécessiterait des dépenses bien plus importantes que celui qui passerait par Quintin, un peu plus au sud. C’était sans compter sur la pugnacité de la municipalité de l’époque, qui contestera la première décision de 1855 et contribuera donc à réécrire l’histoire. Son projet : une voie ferrée plus proche de la route impériale n°12, qui desservira notamment Brest, Morlaix et Guingamp (qui apporte son soutien à Saint-Brieuc). Une idée approuvée via un décret signé par Napoléon III le 11 juin 1859.

 

Une gare pressée

Plan de 1927 : implantation de la nouvelle Gare de Saint-Brieuc à 15 mètres devant l’ancienne © Archives SNCF Gares & Connexions
Détail art déco du hall de la Gare de Saint-Brieuc en 2012 ©SNCF-AREP / photographe Claude Le Breton

À peine dessinée, la gare est aussitôt mise en construction. Un projet éclair qui prend d’ailleurs de court les autorités locales qui n’organiseront une cérémonie d’inauguration que deux ans après la mise en service du bâtiment (1865). Imaginée d’après le plan-type des modèles de la compagnie de l’Ouest (corps central à deux niveaux, ailes symétriques, marquise métallique abritant les voyageurs), cette première gare laisse place à l’enceinte actuelle, construite à la fin des années 20, quinze mètres en avant de sa grande sœur, afin d’éviter une démolition pendant les travaux. Le nouvel édifice imaginé par Jules Touzard est salué par la presse locale, qui loue son caractère monumentale (dôme, façade de 110 mètres de long !) et sa dimension régionaliste. Une identité bretonne que l’on devine à travers les lucarnes, la pierre de granit et les briques, que l’architecte enrichit de modernisme (utilisation du béton pour la structure du dôme et des planchers) et d’une touche art-déco, avec des verrières.

 

Métamorphose(s) à grande vitesse

Tableau d’Henri Le Roux photographié en 1996 à la Gare de Saint-Brieuc © Archives SNCF Gares & Connexions
La Gare de Saint-Brieuc côté quai en 2012 ©SNCF-AREP / photographe Claude Le Breton

Modernisation dans les années 50, transformation dans les années 70, restructuration à la fin des années 80 avec l’arrivée du TGV (saluée par la pose d’un tableau d’Henri Le Roux : la gare de Saint-Brieuc a toujours démontré son adaptabilité. Dernières preuves en dates, les travaux notamment effectués pour l’arrivée de la LGV entre 2015 et 2018 qui font de la gare un PEM autour duquel le quartier s’apprête à vivre une mutation complète. La perspective réjouit Bruno Joncour, Maire de Saint-Brieuc : « C’est une opportunité qui nous permettra de proposer une offre tertiaire qualitative, de renforcer les services ainsi qu’une dynamique culturelle déjà bien affirmée, tout en offrant à des familles la possibilité de s’installer dans des logements neufs ou réhabilités ». Une dynamique et un sens de l’accueil qui n’auraient sans doute pas laissé Napoléon III insensible.

Hall de la Gare de Saint-Brieuc réhabilité en 2017 ©AREP / photographe Laurence Viollet

Dates clefs

17 mai 1859 : les autorités acceptent le passage du chemin à Saint-Brieuc. Un mois plus tard, Napoléon III approuve la convention passée avec les chemins de fer de l’Ouest

7 septembre 1863 : la gare est mise en service. Elle sera inaugurée en avril 1865

1931 : l’ancien édifice laisse place à un nouveau bâtiment, inauguré le 17 mai

Entre les années 50 et 70 : le hall de la gare est modernisé, les espaces intérieurs sont totalement modifiés, et le vestibule est restructuré. Deux fresques sont par ailleurs placées sur les façades intérieures du hall.

9 septembre 1988 : fin des travaux en vue de l’arrivée du TGV

1999 : création d’un nouvel espace d’attente. Le dôme est restauré.

Entre 2015 et 2018 : des travaux préparent l’arrivée de la LGV et la transformation de la gare de Saint-Brieuc en Pôle d’Échanges Multimodal. Les accès sont fluidifiés pour mieux équilibrer les deux rives de la gare, et les transports en communs sont développés au nord de la gare.

 

*  Article issu d'un fonds documentaire de la Cellule Patrimoine AREP.

*  Rédacteur : Damien Guillou, d'après les textes et études historiques de Claude Le Breton, architecte Cellule Patrimoine AREP qui réalise depuis 20 ans  les études historiques qui alimentent un fonds documentaire sur les gares et les bâtiments spécifiques au domaine ferroviaire.