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Nantes, têtue comme une gare

Portrait de gare
Gare de Nantes du Paris-Orléans en 1912 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés
Gare de Nantes du Paris-Orléans en 1912 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés

De la concurrence intramuros de ses débuts au projet en cours dessiné par l’architecte Rudy Ricciotti, d’atermoiements en reconstructions, elle traverse les décennies avec l’énergie de celle qui persiste à entrevoir l’avenir comme une énième jeunesse. Portrait d’une obstinée qui dévoilera son nouveau visage en 2019.

C’est d’abord l’histoire d’une gare parmi tant d’autres, dans une ville qui, en 1886, ne comptait pas moins de neuf haltes ferroviaires (!). Mais c’est aussi et surtout l’histoire d’un site qui semble aujourd’hui avoir tout vécu, sans jamais oublier de tirer son épingle du jeu. Rythmée par les tâtonnements, la recherche d’optimisation perpétuelle et les renouvellements imposés par l’évolution de sa cité d’accueil, l’actuelle gare de Nantes n’a eu de cesse de se réinventer.

Gare de Nantes du Paris-Orléans en 1860 SNCF - SARDO - Centre National des Archives Historiques - F.Chapeau, éditeur, Nantes ©Droits réservés

Baptisée gare du Paris-Orléans

Elle connaît ses premiers balbutiements à la fin du XXe siècle, lorsque la municipalité retient pour l’emprise ferroviaire de sa gare-terminus un terrain près du château de Nantes, à l’est de la ville. La tendance est alors au classique : deux pavillons symétriques, une halle de 60m de long, deux pignons majestueux d’est en ouest, une façade en pierre de taille et des verrières métalliques. Pour des raisons d’hygiène et de circulation, la ville décide de combler deux bras de la Loire alentours (1926). Des travaux qui marquent un virage important pour la gare, puisque c’est à cette période qu’un regroupement des installations ferroviaires est acté. Paris-Orléans est officiellement affectée au service des voyageurs (la gare de Nantes-État récupérant le fret).

Gare de Nantes du Paris-Orléans en 1950 SNCF Gares & Connexions ©Droits réservés

Une renaissance, puis l’adaptation à des événements planétaires

Même les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale et son démantèlement progressif (celui de la grande halle ne prendra que 3h !) n’auront pas raison de son solide destin. La démolition du site se fait d’ailleurs à la mesure d’une reconstruction placée sous la houlette de Henri Madelain et Pierre Lefol (de 1966 et 1969), afin de minimiser l’impact sur le trafic des voyageurs. Les deux architectes posent alors les jalons d’une gare marquée par le modernisme des années 70 – et agrémentée d’une sculpture de Jean Mazuet - qui sera secondée par un bâtiment sud inauguré en 1989 pour accueillir le TGV Atlantique. Celui-ci évoque le voyage et l’océan, avec un hall vitré couvert par deux coupoles de toile translucide posées sur des tours en pierre. Près de 10 ans plus tard, c’est un autre événement majeur qui incite la gare de Nantes à faire une nouvelle fois preuve d’adaptabilité. Situé à quelques kilomètres de là, le Stade de la Beaujoire s’apprête à accueillir six matchs de la Coupe du Monde de football (1998). Au menu : un site plus fonctionnel, de nouvelles baies vitrées en façade et à l’intérieur du bâtiment, le prolongement du sol du hall (en marbre vert des Alpes), des couleurs plus vives et une acoustique optimisée.

Destruction Gare de Nantes en 1969 SNCF Gares & Connexions ©Droits réservés

L’histoire continue

Cette transformation dessine les premiers traits du pôle d’échanges multimodal que deviendra la gare de Nantes en 2019, et qui portera la patte de Rudy Ricciotti. Pour l’extension de la gare, le fantasque architecte a notamment imaginé une esplanade flambant neuve offrant aux voyageurs une entrée en ville plus verte et apaisée. Un nouveau virage d’une histoire mouvementée comme preuve de plus que la gare de Nantes maniera toujours avec habileté l’art de l’éternel recommencement.

Gare de Nantes Sud en 2012 SNCF - AREP ©Claude Le Breton
Gare de Nantes Nord en 2012 SNCF - AREP ©Claude Le Breton

Dates clefs

1852 : Arrivée du chemin de fer à Nantes.

1886 : La ville de compte neuf gares.

1926 : L’actuelle gare de Nantes assoit sa suprématie grâce à des travaux menées par les autorités portuaires. Objectif : combler deux bras de la Loire, qui menaçaient le site de crues.

1949 : La Seconde guerre Mondiale a laissé des stigmates qui imposent de démolir la gare, devenue trop vétuste. Le nouvel édifice est inauguré 20 ans plus tard.

1989 : La gare sud est construite pour décongestionner sa grande sœur du nord. C’est l’arrivée du TGV.

1998 : D’importants travaux de réaménagement sont engagés afin d’accueillir les voyageurs qui feront escale à Nantes pour la Coupe du Monde de football.

2019 : la gare de Nantes poursuit sa transformation afin de devenir un pôle d’échanges multimodal.

 

*  Article issu d'un fonds documentaire de la Cellule Patrimoine AREP.

*  Rédacteur : Damien Guillou, d'après les textes et études historiques de Claude Le Breton, architecte Cellule Patrimoine AREP qui réalise depuis 20 ans  les études historiques qui alimentent un fonds documentaire sur les gares et les bâtiments spécifiques au domaine ferroviaire.