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Metz, Gare monument

Portrait de gare
Quatrième et actuelle gare de Metz, 1908 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés
Quatrième et actuelle gare de Metz, 1908 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés

La gare de Metz affiche des mensurations hors normes : 290 mètres de longueur (un record mondial!) 40 mètres de haut et 10 000 m2 de surface au sol. Une singularité qui se construit également autour d’une histoire riche et des trésors que l’édifice abrite.

Troisième gare de Metz, 1874 SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés

Quatrième du nom, l’actuelle gare de Metz ne ressemble en rien à la toute première version par laquelle Napoléon III est arrivé dans la ville un matin d’août 1850. Et l’embarcadère en bois a laissé place à un bâtiment XXL imaginé par l’architecte allemand Jürgen Kröger.

La gare d’un empereur

Dessin du vestibule du pavillon de l’empereur ; 1905 © SNCF

Un projet qui, pour voir le jour, a dans un premier temps dû être réadapté afin de satisfaire aux exigences de Guillaume II, l’empereur allemand imposant le style néo-roman à son compatriote. Chapiteaux aux motifs variés, décors évoquant la colonisation et l’histoire des transports, sculptures allégoriques symbolisant la toute-puissance d’un empire dont certaines figures de proue sont immortalisées sur les vitraux (…) : plus qu’une gare, Metz-Ville fut donc, à ses débuts, le fruit d’une propagande légitimant le pouvoir germanique en Alsace-Lorraine, où Guillaume II entendait bien s’imposer. Lors de leurs quelques passages, le Kaiser – dont la légende raconte qu’il a dessiné la tour de l’horloge – et son épouse y avaient d’ailleurs leur suite impériale. Situé au niveau haut des quais, l’actuel salon Charlemagne (300m2) était alors accessible via un escalier monumental précédé d’un lourd portail de bois ouvragé, gardé par des lions en pierre à la mine féroce.

Vitrail de Charlemagne © SNCF-AREP-Photographe Laure Lalubie / Chapiteau scène de retrouvailles © SNCF-AREP-Photographe Laure Lalubie / Chapiteau locomotive © SNCF-AREP-Photographe Laure Lalubie

Critiques d’après-guerre…

L’idéologie guerrière rejaillit également sur les dimensions grandiloquentes d’un édifice construit pour recevoir des armées entières (1350 places dans le buffet !), dont le trafic était fluidifié par une immense galerie éclairée de verrières. La place de la gare, aux proportions elle aussi colossales, était par exemple dédiée à accueillir des troupes en transit, loger les officiers dans des hôtels alentour et orienter rapidement les militaires vers les casernes grâce à une disposition des rues en étoile. Certaines marques d’impérialisme (statues, écussons représentant des soldats allemands, aigle du salon de l’empereur…) disparaîtront ou seront modifiées durant les décennies suivant la fin du premier conflit mondial. D’autres travaux de modernisation engagés depuis les années 70 et dynamisant le site et son quartier au moment de l’arrivée du TGV finiront de donner à la gare son visage actuel.

Hall des départs de la gare de Metz, 1977 © SNCF Droits réservés

…puis fierté locale

Inscrite aux monuments historiques en 1975, Metz-Ville témoigne d’un pan d’une histoire qu’elle continue encore à écrire. Symboliquement désignée plus belle gare de France par les internautes en 2017, elle s’inscrit aujourd’hui dans la dynamique d’une ville qui défend actuellement son classement au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Sa structure en béton, ses façades en pierre et les lourdes portes en bois donnant accès à l’immense hall baigné de lumière n’ont pas fini d’orner les cartes postales.

Hall des départs de la gare de Metz, 2012 ©SNCF-AREP / photographe Mathieu Lee Vigneau

Dates clefs

1901 : 19 projets sont rendus par des architectes pour la construction d’une nouvelle gare. L’allemand Jurgen Kröger tire son épingle du jeu grâce à son projet « lumière et air ».

17 août 1908 : l’actuelle gare est inaugurée. Il s’agit de la quatrième gare construite à Metz, où les premiers trains sont arrivés en 1850.

De 1918 à 1950 : l’après-guerre marque les premières grandes transformations de la gare. À cette période où le réseau des chemins de fer d’Alsace Lorraine redevient français, certaines marques de l’impérialisme sont gommées. Des parties du bâtiment sont restaurées après le second conflit mondial.

1954 : les voies sont électrifiées et la petite halle détruite.

15 janvier 1975: la gare de Metz est inscrite aux monuments historiques. 

2004 : Arrivée du TGV Est.

 

*  Article issu d'un fonds documentaire de la Cellule Patrimoine AREP.

*  Rédacteur : Damien Guillou, d'après les textes et études historiques de Claude Le Breton, architecte Cellule Patrimoine AREP qui réalise depuis 20 ans  les études historiques qui alimentent un fonds documentaire sur les gares et les bâtiments spécifiques au domaine ferroviaire.