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La Baule-Escoublac, un caractère bien trempé

Portrait de gare
SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés.
SNCF - SARDO- Centre National des Archives Historiques ©Droits réservés.

Poutres apparentes et charpente faisant la part belle au bois, toiture en tuiles plates dîtes « rustiques », granit : dès le premier coup d’œil, la gare de La Baule-Escoublac donne le ton.

Près d’un siècle après sa sortie de terre, elle continue à offrir une image représentative de la ville avant même que le voyageur n’en explore les recoins. Inspirée du régionalisme architectural, la gare de La Baule-Escoublac s’inscrit dans une mouvance qui a le vent en poupe après le premier conflit mondial. Elle détonne à l’ère où l’école moderne internationaliste soufflant sur les années 20 rend les gares de plus en plus uniformes. Lorsqu’ils imaginent les traits de cette belle bretonne – c’est ainsi qu’Alain Charles a « classé » la gare dans son ouvrage consacré à La Baule et ses villas (édition Massin, juillet 2002) – Adrien Grave et Roger Pons affichent en effet leur volonté d’unité avec les demeures cossues de la ville.

Inspiration locale

Des quais au hall en passant par la façade, la vision de ce duo d’architectes semble ne pas avoir pris une ride. Gare à l’âme vernaculaire bâtie avec des matériaux locaux, La Baule-Escoublac affiche donc le caractère d’un chef de file des régions menacées d’industrialisation. Savant assemblage de granit et de béton, les murs sont une première signature saisissante d’un édifice qui se démarque également par ses planchers haut en bois sur les ailes.
A l’intérieur, chêne et sapin sont encore à l’honneur dans les banques à bagages, sur le bas des mûrs du hall et des salles d’attente. Pour les cheminées, ce sont la pierre de granit et le marbre qui ont été privilégiés.

Éléments architecturaux régionalistes. Photographie de 1991. Archives AREP et SNCF Gares & Connexions ©Droits réservés

Patrimoine préservé

« Ce qui est frappant à la gare de La Baule-Escoublac, c’est que les années et les phases de transformations n’ont jamais eu raison de cette identité régionaliste », souligne Claude Le Breton, chargé d’études patrimoine pour AREP. « L’aile ouest est par exemple passée de trois à cinq travées dans les années 30. Un prolongement invisible pour l’œil, car ce sont exactement les mêmes matériaux qui ont été utilisés ». Même crédo pour l’agrandissement du hall en 1961, avec une (légère) touche plus contemporaine (lambris, fer forgé, moulures etc.) qui ne dénature en rien l’esthétique des lieux. Près de 50 ans plus tard, lorsque la gare s’apprêtait à devenir un des premiers Pôle d’Echanges Multimodal (PEM) de la Région Pays de la Loire « la réflexion fut là aussi basée sur l’idée de préserver son patrimoine », se souvient Alicia Montreuil, alors chef de projet pour AREP.

Gare de La Baule-Escoublac en 2011. Photographie ©AREP

La mise en accessibilité, une question clef

Rénovation complète de l’intérieur, création d’une galerie de liaison pour cheminer plus aisément vers / depuis la gare routière, mise en accessibilité de l’ensemble du site aux personnes à mobilité réduite : toutes ces problématiques ont été abordées sans faire perdre à la gare son caractère unique. Mieux, « certains éléments comme les plafonds en faux bois ou les menuiseries ont bénéficié des dernières modernisations pour être (re)mis en valeur ». Engorgé par le stationnement, le parvis en granit s’est quant à lui mué en un bel écrin végétalisé, qui met idéalement le bâtiment en valeur. Reflet de la démarche et de l’engagement d’AREP, La Baule-Escoublac est une gare « City Booster », réceptacle des usages de la ville, plus confortable, facile à pratiquer pour tous et dont le visage si singulier continue fièrement à traverser les décennies.

Galerie de liaison de la Gare de La Baule-Escoublac en 2011. Photographie ©AREP

Dates clefs

1927 : mise en service du bâtiment voyageurs et de la gare actuelle, qui prend alors le relai d’une première gare édifiée sur le même site à la fin du XIXe siècle. La Baule-Escoublac n’est pas la seule halte de la ville, puisque la gare de La Baule-les-Pins voit elle aussi le jour en 1927.

1930 : la gare est allongée d’une salle de bagages (côté cour et côté voie).

1961 : agrandissement du hall.

De 1990 à 1997 : La Baule-Escoublac est réaménagée dans l’optique d’accueillir l’arrivée du TGV Atlantique.

Entre 2008 et 2009 : l’espace de vente et le hall font peau neuve. La place de la gare et son parking sont redessinés.

 

*  Article issu d'un fonds documentaire de la Cellule Patrimoine AREP.

*  Rédacteur : Damien Guillou, d'après les textes et études historiques de Claude Le Breton, architecte Cellule Patrimoine AREP qui réalise depuis 20 ans  les études historiques qui alimentent un fonds documentaire sur les gares et les bâtiments spécifiques au domaine ferroviaire.