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DataCity : Collaborer pour innover

Data City Paris 2018 : Construire ensemble la ville de demain
Data City Paris 2018 : Construire ensemble la ville de demain

Dans le cadre de Datacity Paris, Gares & Connexions, AREP, SETEC, la Ville de Paris et SUEZ se lancent dans une expérience de réutilisation de déchets de chantier sur le projet de Paris gare de Lyon - rue de Bercy, avec la start-up Batiphoenix.

Pourquoi tous ces partenaires, en partie concurrents ? Pourquoi une petite start-up de trois personnes pour aider des groupes ayant des centaines d’ingénieurs ? Et surtout comment arriver à faire collaborer tout ce monde ? C’est toute la subtilité de Datacity.

La base de Datacity, c’est de trouver des problèmes non résolus au sein des grands groupes. Vous savez, ce problème auquel on devrait s’atteler si on avait le temps, celui pour lequel on n'a jamais de financement «mais ce serait vraiment mieux si on le résolvait», voire carrément, celui qu’on ignore à moitié. Tout commence par trouver, honnêtement, un problème. Pas une idée géniale, pas une technologie, pas un «signal faible à tendance disruptif». Un problème qui se pose aujourd’hui, concrètement.

Data City Paris Numa

 

Commence alors un exercice pas si simple : faire son introspection.

Quel vrai problème, se pose honnêtement à moi ? Facile en apparence, nettement moins en pratique. Parler des problèmes de la ville en général, on sait tous faire, mais admettre ses propres faiblesses, c’est un peu plus dur—mais nettement plus constructif ! Rien que pour ça, nous avons passé deux demi-journées intenses avec l’ensemble de la branche Gares & Connexions et le NUMA pour problématiser. Et attention, trouver un bon problème n’est pas facile : quelle valeur si on le résout ? Est-ce que des solutions existent déjà ? Quel modèle d’affaire ?

Comme si cet exercice était déjà trop facile, arrive ensuite le moment de trouver les problèmes en commun entre les différents grands groupes. Cette première partie de collaboration est un peu déroutante car il faut à la fois être honnêtement égoïste et ouvert au compromis. Rien compris ?

Je m’explique : si vous n’êtes pas égoïste et honnête, vous ne résolvez pas un vrai problème qui vous apporte de la valeur et donc vous n’aurez aucun modèle d’affaire sur le long terme. Si vous n’êtes pas prêt au compromis, vous ne trouverez pas de problème commun avec les autres grands groupes et donc vous réduisez à néant l’intérêt commercial de l’innovation. Là encore c’est le NUMA qui pilote et qui nous a épuisé. Mise en commun des problèmes, votes, reformulations, définition de l’expérimentation, des indicateurs de performance (KPIs), de ce que gagne la start-up, chacun des partenaires etc. Et puis passage devant un coach pitch, un coach start-up, un coach design. Et oui, ce n’est pas parce qu’on a marqué SNCF sur le front qu’il suffit jeter un problème à la foule des start-ups en délire. Pour qu’une start-up passe du temps, et donc de ses maigres ressources, à résoudre votre problème, vous avez intérêt à très bien le vendre !

 

 

Etienne Burdet, Smart City Officer at AREP

Résultat, après deux jours de sprints intenses, nous tombons d’accord avec Suez, Setec et la Ville de Paris, sur le fait que le réemploi des déchets de chantier est un enjeu clé. Plus précisément, nous nous rendons compte que le problème qu’aucun de nous ne sait résoudre est que les architectes et ingénieurs puissent convaincre une maîtrise d’ouvrage de passer un marché de déconstruction différent avec plannings à l’appui. Pour ça il faut sécuriser des filières : qui peut récupérer les vitrages, les luminaires etc. ? Quand ? Pour quel prix ? Quelle logistique chantier ? Trier, réemployer, imaginer de nouvelles filières de réutilisation,  on a déjà prouvé qu’on savait faire. Systématiser le process en conception, par contre, c’est aujourd’hui le point bloquant pour passer à une échelle nettement plus importante que “je cherche dans la benne si par hasard je ne trouve pas quelque chose de recyclable”. Coach à l’appui, nous décantons encore un peu et nous nous rendons compte que le point critique est le canal de communication. Des marketplace des déchets, il y a en pléthore et la plupart sont moribondes. Les artisans marchent beaucoup au téléphone, au sms, à l’opportunité, mais aussi un peu à l’internet. Les artisans vivent sur des plannings à quelques mois, les grands projets sur des phasages en année. Comment réconcilier tous ces modes de communication ? Celles/Celui qui crackeront ce problème auront un boulevard devant eux.

C’est là que la start-up entre en jeu. Qui chez AREP, Gares & Connexions, Suez ou Setec peut légitimement penser faire de l’argent avec une solution de mise en contact entre les architectes, les artisans et les autres filières de récupération ? Personne bien-sûr, pour des boites comme les nôtres, c’est un marché de niche, que nous ne connaissons que peu, qui demande beaucoup d’investissement. Par contre, pour une start-up spécialisée, trouver des matériaux en quantité peut-être très intéressant, si elle a les bonnes filières pour les écouler. Et c’est ce que fait Batiphoenix.

 

Bilan : 

  • Batiphoenix a accès à des chantiers d’envergure.
  • AREP et Gares & Connexions peuvent vendre des chantiers plus vertueux, notamment pour obtenir des certifications et des financements des collectivités.
  • Suez complète sa solution et développe le marché du réemploi en agissant auprès des architectes et maitres d’ouvrages
  • Setec complète ses bases de données matériaux et process.
  • La Ville de Paris a des chantiers plus vertueux.

 

Win-win à tous les étages!

Est-ce que ça va marcher ? On ne sait pas. C’est pour ça qu’on expérimente ! Le site idéal dans tout notre répertoire de projet est le chantier de la rue Bercy. Nous sommes suffisamment tôt dans le projet pour faire évoluer les choix et le projet dispose d’une maquette BIM de l’existant qui facilite le diagnostic déchet. Ce sera à Batiphoenix de travailler avec nos architectes et ingénieurs pour prouver au maitre d’ouvrage qu’il peut passer un marché de déconstruction avec de la dépose minutieuse. Ce sera intense, il y aura des échecs et surtout, nous allons apprendre beaucoup !

Et là, je sais ce que vous vous demandez : ils sont où les robots volants connectés à la blockchain ? Si Datacity m’a rappelé une chose, c’est qu’innover, c’est n’est pas, ou très peu, avoir des idées géniales futuristes. Vous l’aurez remarqué, il n’y a aucun brainstorming, ni débat d’idée dans le process. Innover c’est avant tout trouver des problèmes terrains, trouver les personnes que l’innovation aide vraiment, trouver des pistes de valeurs et de business model. Surtout, innover c’est mettre en place des tests pour valider toutes ces suppositions, c’est-à-dire se mettre en situation d’échec potentiel. C’est le seul moyen d’apprendre. Nous avons déjà beaucoup appris sur la collaboration avec les start-ups en participant à Datacity.

Du 8 Mars au 3 Mai nous allons encore beaucoup apprendre sur le réemploi des déchets !