Perspectives

L’Internet of Things sera moins tape-à-l’œil mais plus disruptif

L’Internet Of Things (IoT, prononcez « ail au tea») vous en avez forcément entendu parler : montre connectée, bracelet de sport qui enregistrent toute votre activité, lumières qui s’allument avant que vous n’arriviez etc. Cela fait même une bonne quinzaine d’années que nous sommes alimentés d’images de maisons futuristes bardées d’écrans et boutons divers, où tout serait connecté, de notre réfrigérateur à notre douche. Pourtant, jusque-là, seul le téléphone semblait avoir vraiment passé le cap du smart.
Image d'un capteur ouvert à côté d'un ordinateur sur lequel on doit être en train de programmer ses fonctions
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Récemment deux nouveaux réseaux de communication basse énergie sont arrivés, SigFox puis Lora. Grâce à ces réseaux, il est devenu très facile de placer un peu partout des petits dispositifs autonomes qui communiquent sans fil et sont alimentés par une simple pile. D’un seul coup le nombre d’objets connectés a explosé. Compteur d’eau, d’électricité, capteur de température, rétro-commande de luminosité, détecteur de fumée, etc. tout est sur internet. Ils remplissent les salons pros… et les gares ! La fab IoT a recensé 19 projets d’envergure en gare et ce sans compter tous les micro-projets impossibles à recenser. L’IoT a décollé et AREP et Gares & Connexions n’en sont plus au stade de l’expérimentation. Nous organisons l’industrialisation massive de ces dispositifs.

 

Par contre, entre les lunettes qui déroulent vos e-mails et la télé-relève des compteurs d’eau, la magie high-tech s’est perdue en route. La réalité est souvent moins enchanteresse que les visions futuristes, certes, mais à ce point-là… assistons-nous bien à la révolution prévue ou l’IoT  ou ne serait qu’un simple passage au sans-fil ?

 

Je pense que la révolution est en fait plus profonde que nous ne pouvons encore l’imaginer. Pour bien le comprendre observons le cas des compteurs d’eau. Dans le système traditionnel, il fallait qu’un employé de la société d’exploitation sonne à votre porte, vous demande l’autorisation de rentrer chez vous, puis relève le compteur. Avec le compteur IoT, c’est le compteur lui-même qui diffuse l’information sur internet, à vous, à l’employé, à la collectivité, ou n’importe qui ayant les droits.

 

Ce passage au "sans fil", apparemment anodin, engendre en fait des changements organisationnels importants. D’une part c’est le compteur qui envoie l’information, non plus l’employé qui vient la relever en sonnant chez vous, ce qui supprime deux intermédiaires humains. D’autre part le compteur diffuse l’information en direct à tout internet. La mairie n’a plus besoin de demander ses chiffres à la société d’exploitation pour faire ses stats (chiffres qu’elle n’aurait jamais obtenu de façon fiable), c’est vous qui lui octroyer les droits. Cela qui supprime au moins 4 échanges de courriers, mais surtout le décisionnaire n’est plus le même. L’IoT fait passer le plus banal des objets à un mode de communication internet : l’information circule en direct et dans les deux sens.

 

À bien y réfléchir, lire vos e-mails sur votre montre ou vos lunettes, n’est pas si révolutionnaire. Ce n’est que faire que ce que vous faisiez sur votre ordinateur, mais sur un écran différent. Par contre, l’ampoule qui envoie un SMS de défaillance à celui qui doit la changer bouleverse, elle, complètement la chaine d’acteur. Le degré de technicité n’est pas la bonne métrique pour comprendre l’IoT. Il faut plutôt regarder le nombre de nouvelles personnes (et d’objets !) pouvant accéder à l’information de l’objet, le nombre de "raccourcis" qu’il permet, la densité du réseau.

 

Plus que dans la grandes réalisation high-tech spectaculaires, voiture autonome connectée en tête,  je pense c’est vraiment dans les gestes anodins du quotidiens et le low-tech que l’IoT va transformer nos bâtiments et leur gestion.